Entretien /
Stanislas Cotton

Ecrire de colère

Stanislas Cotton achève une année en tant qu’ « auteur engagé » au TEP qui accueille, pour cette fin de résidence et de saison, Bureau national des allogènes, mis en scène par Vincent Goethals.

Vous achevez bientôt votre résidence au TEP. Quel bilan ?
Stanislas Cotton : Le bilan est positif ! Deux commandes d’écriture (La Dictée, un texte tout public, et un cabaret présenté en mars) m’ont permis d’aborder des choses que je n’avais encore jamais faites. Le contact avec les jeunes, le fait de mener des ateliers avec eux, le fait d’aller dans les écoles, ont été très positifs pour mon travail d’auteur car c’est là une part essentielle de ce métier. Ouvrir des fenêtres dans la tête des jeunes, leur faire découvrir les points de vue qu’apporte le théâtre sur le monde et l’existence, cela constitue des enjeux très intéressants. J’ai aussi mené pendant toute l’année un atelier d’écriture et j’ai été épaté par la qualité et l’originalité des résultats. J’aime vraiment ce lieu qu’est le théâtre : être dans un théâtre, c’est être dans le lieu du mystère de mon travail. Donc ça me paraît naturel d’être là, de partager le quotidien, les difficultés et les joies de ceux qui y travaillent.
 
Quelles sont les circonstances de l’écriture de Bureau national des allogènes ?
S. C. : C’est une colère liée à l’actualité qui m’a fait écrire : je fonctionne toujours comme ça ! J’ai écrit cette pièce en 1999. Le gouvernement de Belgique avait décidé de régulariser tous les sans-papiers et des bureaux ont été ouverts dans les Maisons communales. En fait, la manœuvre a servi à repérer les sans-papiers : s’en est suivie toute une période d’expulsions pendant laquelle deux personnes sont mortes à cause des brutalités policières. C’est alors que j’ai éprouvé la nécessité d’écrire une pièce qui mette en avant l’être humain et cette évidence que nous sommes tous les mêmes.
 
 « L’unique ambition est de montrer une rencontre qui ne se fait pas. »
 
Comment s’organise la pièce ?
S. C. : Je me suis vraiment attaché à mettre en scène deux archétypes : un archétype occidental schizophrénique, agité de contradictions, courant après le temps et l’argent, confronté à un autre archétype, celui, disons pour faire bref, d’une Afrique générique, qui débarque avec sa culture, sa manière d’envisager la vie, et vient demander à l’Occident si, en tant qu’être humain, il peut rester chez lui. La pièce a la forme de deux monologues. D’abord celui d’un fonctionnaire tout à fait normal qui fait un boulot insupportable, perd les pédales et se jette par la fenêtre quand il ne trouve plus rien d’humain en lui. C’est son fantôme qui parle. L’autre, « sans feu ni lieu », complète le récit de leur non-rencontre.
 
Votre propos est-il politique ?
S. C. : Le propos est politique puisqu’il s’interroge sur la question de l’immigration et sur l’inadéquation entre deux cultures qui ne se comprennent pas. Mais il n’y a aucune volonté de résoudre quoi que ce soit dans la pièce. L’unique ambition est de montrer une rencontre qui ne se fait pas, tout cela dans un monde poétique qui évite le manichéisme moral entre les bons et les méchants et ne veut pas donner de leçons. Dans mon écriture, je fais toujours en sorte de commencer par me retirer du réel, en inventant des personnages improbables. J’emmène le spectateur dans un monde qui lui semble étranger et ça n’est que petit à petit que ce monde irréel reprend une forme connue et que le spectateur découvre son reflet sur la scène. C’est de cette découverte que naît l’émotion.
 
Propos recueillis par Catherine Robert
Bureau national des allogènes, de Stanislas Cotton ; mise en scène de Vincent Goethals. Du 11 au 26 juin 2009. Lundi, mercredi et vendredi à 20h30 ; mardi et jeudi à 19h30. Théâtre de l’Est Parisien, 159, avenue Gambetta, 75020 Paris. Réservations au 01 43 64 80 80.


Vos Ractions (Il y a 1 réaction sur cet article)
Pierre-Jean Le théâtre, ça se lit aussi
"Bureau national des allogènes", tout comme "La dictée", ce sont aussi des livres. C'est d'ailleurs à travers l'édition que Vincent Goethals a découvert le texte. Les éditeurs ont bien raison de se plaindre car leur travail difficile est peu reconnu par la profession et en particulier par les journalistes. Moi, j'ai découvert Stanislas Cotton grâce au travail remarquable de son éditeur. Merci à lui. Une petite mention aurait été sympa.
mercredi 03 juin - 09:55

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