Focus du n°175 / FEVRIER - 2010
MAISON DE LA CULTURE DE NEVERS ET DE LA NIEVRE
1999-2010 : UN NOUVEL ESSOR POUR LA MAISON DE LA CULTURE DE NEVERS ET DE LA NIEVRE

INAUGUREE EN 1971 PAR ANDRE MALRAUX, LA MAISON DE LA CULTURE DE NEVERS ET DE LA NIEVRE (MCNN) CONNAIT, DEPUIS UNE DIZAINE D’ANNEES, UN REGAIN DE VITALITE. A LA TETE DE CETTE INSTITUTION DEPUIS 1999, OLIVIER PEYRONNAUD S’EST EN EFFET ATTACHE A LUI REDONNER LA DIMENSION QUI ETAIT LA SIENNE DURANT LES ANNEES 1970-1980 : CELLE D’UN CENTRE DE CREATION, DE PRODUCTION ET DE DIFFUSION D’ENVERGURE NATIONALE. UN CENTRE AUQUEL SONT AUJOURD’HUI ASSOCIES PHILIPPE GENTY, IRINA BROOK, JEAN-LUC REVOL ET LE COLLECTIF DE COMEDIENS LE THEATRE DU TEMPS PLURIEL.


Entretien



OLIVIER PEYRONNAUD

ENTRE EXIGENCE ET ACCESSIBILITE

A L’ORIGINE D’UN AMBITIEUX PROJET POUR LA MCNN, OLIVIER PEYRONNAUD TRAVAILLE, DEPUIS PLUS DE 10 ANS, A REDONNER DYNAMISME ET VISIBILITE A L’INSTITUTION NEVERSOISE. IL REVIENT, AVEC NOUS, SUR LES ASPECTS FONDAMENTAUX DE SON ACTION.

« La MCNN est un centre de création dans lequel les artistes peuvent vivre, travailler, répéter… » Olivier Peyronnaud
 
Quels sont les principaux enjeux du projet artistique que vous menez à la tête de la MCNN ?
Olivier Peyronnaud : Lorsque j’ai pris la direction de la MCNN, il y a 10 ans, ma première ambition a été de replacer ce lieu dans le circuit des institutions nationales, de redonner sa stature à une maison qui, dans les années 1970-1980, avait été une grosse maison. Pour cela, j’ai mené une politique de création et de production forte, avec plusieurs artistes associés, la création de quatre postes de comédiens permanents, la mise en place d’une école de théâtre, d’une programmation jeune public… Parallèlement à cela, toute notre équipe a effectué un gros travail sur le territoire. Grâce à ce travail de décentralisation départementale, chaque habitant de la Nièvre peut aujourd’hui avoir accès au théâtre dans un rayon de quinze kilomètres autour de chez lui.
 
En 2003, l’arrivée de Philippe Genty comme artiste associé a été déterminante pour ce nouvel essor…
O. P. : Oui. C’est à partir de notre collaboration avec Philippe que l’idée d’un centre de production d’envergure nationale, voire internationale, s’est réellement concrétisée. Nos autres artistes associés – Irina Brook, Jean-Luc Revol et la compagnie du Théâtre du temps pluriel – sont venus s’intégrer à cette structure de production. Depuis à présent deux ans, la MCNN organise toutes les tournées de ces quatre compagnies, ainsi que celles d’autres artistes, comme Philippe Calvario par exemple. Tout cela nous a amené à fidéliser 10 000 abonnés, à accueillir 66 000 spectateurs par an, ce qui représente un taux de remplissage de 92 %.
 
Quelle est pour vous, l’identité profonde de la MCNN ?
O. P. : La MCNN est un centre de création essentiellement consacré au théâtre et dédié aux artistes, un lieu dans lequel ces derniers peuvent vivre, travailler, répéter… Nous avons organisé cette maison de sorte que lorsqu’ils se trouvent entre nos murs, les créateurs n’aient plus qu’une seule chose à laquelle se consacrer : l’artistique.
 
Pourquoi avoir choisi d’associer plusieurs artistes à votre maison ?
O. P. : La MCNN est dans une situation de quasi-monopole dans la ville et le département. Diriger une telle institution engage à proposer une programmation large et variée, qui puisse rendre compte d’un maximum de composantes du paysage artistique. Une programmation qui, bien que centrée sur le théâtre, touche de nombreux autres domaines : la musique, la danse, les arts du cirque, les arts visuels… C’est la raison pour laquelle j’ai choisi d’associer plusieurs artistes à notre maison, des artistes aux esthétiques très différentes par le biais desquels se constitue un panorama ample, diversifié.
 
Au-delà de ces différences, quelle vision du théâtre souhaitez-vous défendre à Nevers ?
O. P. : Un théâtre qui possède la faculté, j’ai envie de dire le talent, de s’adresser à tout le monde : au spectateur le plus pointu comme à celui qui entre pour la première fois dans une salle de théâtre. Ceci sans jamais faire de concession sur l’exigence artistique.

Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat


Entretien



PHILIPPE GENTY

LA SCENE DE L’INCONSCIENT

EN 1995, VOYAGEUR IMMOBILE SUIVAIT L’ODYSSEE DE QUELQUES HUMAINS AUX PRISES AVEC LEURS OBSESSIONS, LEURS LUTTES, LEURS PEURS ET LEURS FASCINATIONS, REVEES OU REFOULEES… QUINZE ANS PLUS TARD, PHILIPPE GENTY POURSUIT L’AVENTURE...

« La parole ramène au conscient, alors que la pensée en image est un outil fondamental de
l’invention. » Philippe Genty

Pourquoi revenez-vous vers Voyageurs immobiles, que vous conjuguez aujourd’hui au pluriel ?
Philippe Genty : En 1995, j’étais d’abord parti sur les traces d’un personnage traversant ses paysages intérieurs, s’affrontant à lui-même. Et puis, la création m’a entraîné ailleurs, au gré des pérégrinations d’un groupe d’humains, par-delà les temps et les espaces. Pour ce nouveau spectacle, j’ai développé certaines pistes, par exemple les contradictions d’un discours autour d’une identité nationale, ou l’avidité pathétique, mortifiante, de l’homme dans sa course au profit.
 
Qui sont, aujourd’hui, ces « voyageurs immobiles » ?
Ph. G. : Ils viennent de divers horizons et pays, mais tous ont une solide formation corporelle. Ce mélange de cultures ouvre à une immense variété de propositions. Des images fortes perdurent de la première version, mais le groupe s’est soudé autour des thèmes en se les réappropriant, en imprégnant les personnages de leurs propres personnalités. Mary Underwood et moi-même sommes donc en réécriture constante.
 
Comment la danse et la marionnette « jouent-elles » ensemble ?
Ph. G. : Plus que la marionnette, les objets et les matériaux occupent ici une place centrale et créent des obstacles physiques auxquels se confrontent danseurs et comédiens, produisant des métaphores de conflits psychologiques.
 
On parle toujours peu dans vos spectacles…
Ph. G. : La parole ramène au conscient, alors que la pensée en image est un outil fondamental de l’invention. Ce qui est réellement nouveau ne peut être que difficile à dénommer. Nous cherchons à créer un univers visuel pour aspirer le spectateur dans les méandres de son subconscient avec des images qui condensent simultanément plusieurs sens, lui laissant la possibilité de les prolonger avec son propre imaginaire. Nous utilisons le langage de la métaphore et la forme du rêve : les personnages n’entrent ni ne sortent par les coulisses, mais surgissent du centre de la scène, se diluent, se métamorphosent sous les yeux des spectateurs, comme des créatures nées de leur propre imaginaire.
 
Vous sentez-vous loin de vos territoires d’enfance ?
Ph. G. : Non ! D’autant plus qu’une majeure partie de nos culpabilités, de nos obsessions se cristallise dans les toutes premières années de notre enfance et est souvent refoulée. Ce sont ces monstres-là qu’il m’intéresse de traiter, car ils sont à l’origine de nos conflits intérieurs. Les découvrir, se familiariser avec eux, c’est le chemin pour faire la paix avec nous-mêmes.

Entretien réalisé par Gwénola David
Voyageurs immobiles, de Philippe Genty et Mary Underwood. Les 26 et 27 février à Nevers. Et du 27 mai au 27 juin au Théâtre du Rond Point.

Gros PLan



LA MCNN : L’EMERGENCE D’UN POLE DE PRODUCTION ET DE DIFFUSION
AU-DELA DE SES QUATRE « COMPAGNIES ASSOCIEES », LA MCNN MENE UNE POLITIQUE VOLONTAIRE DE PRODUCTION ET DE DIFFUSION, QUI S’EXPRIME A TRAVERS LA COLLABORATION AVEC DES ARTISTES TEL LE METTEUR EN SCENE PHILIPPE CALVARIO, OU LES MEMBRES DU QUATUOR LEONIS.
Avec près de 300 000 euros par saison consacrés à la production et aux résidences artistiques (ce qui représente environ 10 % de son budget global), la Maison de la culture de Nevers et de la Nièvre travaille, depuis plusieurs années, à constituer un pôle de création, de production et de diffusion fort. Conscient des restrictions budgétaires croissantes auxquelles les metteurs en scène français doivent faire face depuis quelques années, Olivier Peyronnaud a en effet pris le pari de faire émerger, en Bourgogne, un nouvel acteur venant enrichir la chaîne de production hexagonale. Pour cela, le directeur de la MCNN s’est appuyé sur le succès et la notoriété internationale de l’un de ses artistes associés, Philippe Genty. Profitant de la dynamique générée par cette collaboration, Olivier Peyronnaud a souhaité créer un pôle de convergence artistique en incitant « les compagnies et les créateurs à se rencontrer, à mutualiser leurs moyens techniques, administratifs et artistiques ».

Mutualiser les moyens et favoriser les échanges
 
Parmi les créateurs participant à la vie de ce pôle, le comédien d’origine australienne Scott Koehler, la compagnie nivernaise Groupe Soclok-Nagarythe, le musicien-conteur Laurent Masson…, ainsi que le metteur en scène Philippe Calvario, dont les spectacles sont, depuis 2009, diffusés par la MCNN. La première création entrant dans le cadre de cette collaboration est Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux, spectacle créé au Théâtre 95 en octobre 2009 (Philippe Calvario est artiste associé à ce théâtre). En mars 2011, c’est au Vingtième Théâtre, à Paris, que le metteur en scène créera Une Visite inopportune de Copi, un nouveau projet coproduit par la MCNN. Autre création soutenue par Olivier Peyronnaud : la lecture-spectacle que le Quatuor Léonis présentera en 2010/2011 au Théâtre national de l’Odéon (théâtre au sein duquel les quatre musiciens sont actuellement en résidence). Une lecture-spectacle avec Olivier Py, composée de textes de Saint-John Perse et d’une musique originale créée pour l’occasion.

M. Piolat Soleymat


Entretien



OLIVIER BRODA

LE RISQUE DE LA LIBERTE

COLLECTIF DE COMEDIENS ASSOCIE A LA MCNN, LE THEATRE DU TEMPS PLURIEL S’EMPARE DE DERNIERS REMORDS AVANT L’OUBLI, DE JEAN-LUC LAGARCE. OLIVIER BRODA, DIRECTEUR ARTISTIQUE DE CE GROUPEMENT THEATRAL, SIGNE LA MISE EN SCENE DE CETTE NOUVELLE CREATION.

« Jean-Luc Lagarce est comme un chirurgien de l’écriture qui
utiliserait le rire tel un anesthésiant. » Olivier Broda
 
Quelle est l’histoire de votre compagnonnage avec la MCNN ?
Olivier Broda : Pendant neuf ans, Anne-Laure Pons, Marie-Julie de Coligny, Cédric Joulie et moi-même avons été comédiens permanents à la MCNN, créant nos propres spectacles ou travaillant avec des metteurs en scène invités. Nous sommes allés à la rencontre du public, avons sillonné le département avec des petites formes, essayant de privilégier, dans notre travail, les aspects d’enseignement et de transmission. Au terme de ces neuf années de terrain, nous avons décidé de créer un collectif indépendant. Le Théâtre du Temps Pluriel est un vivier artistique au sein duquel diverses personnalités s’expriment. Nous proposons nos projets à la MCNN, qui accepte de les soutenir ou pas, en toute liberté, nous laissant alors toute latitude de création.
 
Pourquoi passer ainsi de la permanence à l’association ?
O. B. : Le choix de constituer ce collectif ne représente pas une rupture mais une suite logique. Nous gagnons ainsi en autonomie. Je crois que les choix artistiques sont toujours liés au danger. Il faut savoir se confronter à ce danger pour avancer. Peut-être que ce choix peut paraître absurde à une époque de précarité où la permanence est considérée comme un abri, mais nous avions l’envie viscérale de cette prise de risque.
 
Pourquoi choisir de mettre en scène Derniers Remords avant l’oubli ?
O. B. : Lagarce est un artiste qui m’accompagne, me berce et me touche depuis des années. Le Théâtre du Temps pluriel a le souci d’un théâtre populaire et généreux, qui questionne la vie et l’humain. Un théâtre où se mêlent la réflexion et l’émotion, où rayonne la parole, en lien avec son temps, miroir de son époque, plus riche en questions qu’en réponses. Cet auteur est comme un chirurgien de l’écriture qui utiliserait le rire tel un anesthésiant. Il n’est jamais cynique, mais essaie toujours d’aller au plus profond du sens des mots, de sa langue profuse habitée par le silence et la mélancolie. J’ai envie de parcourir son œuvre et de continuer à monter ses autres pièces. Dans Derniers Remords avant l’oubli, c’est encore lui qui maîtrise son écriture. Mais, dans Le Pays lointain, sa dernière œuvre, il se fait mener par son écriture. Je voudrais réussir à recomposer ce parcours allant de la maîtrise à une forme de soumission.
 
Quels sont vos choix scénographiques ?
O. B. : J’aimerais créer une version pour la scène et une version mobile à jouer chez des particuliers. Les personnages de la pièce sont des êtres maladroits qui se prennent les pieds dans les mots et les sentiments, des êtres qui ont du mal à se dire les choses simplement. Je veux que dans les deux versions le public soit au plus près de ce théâtre intime où il s’agit, comme le dit Lagarce, d’« accepter de se regarder soi pour regarder le monde ».

Entretien réalisé par Catherine Robert
Derniers Remords avant l’oubli, de Jean-Luc Lagarce ; mise en scène d’Olivier Broda. Création en octobre 2010 à Nevers.


Entretien



JEAN-LUC REVOL

UN ROAD-MOVIE NOCTURNE ET MUSICAL

APRES LE SUCCES DU CABARET DES HOMMES PERDUS, LE METTEUR EN SCENE JEAN-LUC REVOL CREE LA NUIT D’ELLIOT FALL. UN CONTE DE FEE MUSICAL SUR DES TEXTES DE VINCENT DAENEN ET DES MUSIQUES DE THIERRY BOULANGER.

« Je m’efforce, à chaque spectacle, de brouiller les pistes et de surprendre le public. » Jean-Luc Revol
 
Qu’est-ce que représente, pour vous, l’association artistique qui vous lie à la MCNN ?
Jean-Luc Revol : Une relation de fidélité autant artistique qu’humaine. C’est de Nevers et de la MCNN que partent toutes mes créations, et c’est là qu’elles sont élaborées.
 
Quelle est la ligne artistique de votre compagnie, le Théâtre du Caramel Fou ?
J.-L. R. : Il n’y a pas de ligne artistique à proprement dit. Au contraire, je m’efforce, à chaque spectacle, de brouiller les pistes et de surprendre le public. Je souhaite défendre un théâtre résolument populaire, sans esprit de chapelles ou de clans.
 
Après Le Cabaret des hommes perdus, qu’est-ce qui vous a donné envie d’aller plus avant dans le domaine du théâtre musical ?
J.-L. R. : J’ai toujours eu une passion pour le théâtre musical. Le Cabaret des hommes perdus n’est d’ailleurs pas ma première expérience dans ce domaine. J’avais, avant cela, déjà travaillé pour des opéras ou des spectacles musicaux. Cette dernière expérience m’a donné le goût de la rencontre avec des auteurs et des musiciens vivants, le goût de former des équipes pour des créations de textes et de musiques originales.
 
Quelle est l’origine de La Nuit d’Elliot Fall ?
J.-L. R. : Comme pour Le Cabaret des hommes perdus, c’est une idée que j’ai soumise à l’auteur. Ici le thème central est l’émerveillement, ou plutôt l’incapacité de la société à s’émerveiller. Nous sommes partis de la structure du conte pour raconter cette histoire, et d’autres thèmes sont venus la nourrir : la discrimination, la quête de soi, la perte d’identité… Il s’agit d’un road-movie nocturne qui tient à la fois du conte de fée initiatique, de l’épopée, du grand guignol et du théâtre forain. C’est l’histoire d’une jeune fille qui se transforme en buisson fleuri et qui doit être sauvée, selon la légende, par un « élu » (Elliot Fall, croquemort de son état). On croisera un loup travesti, des cochons mal famés, des ours, des fées lamentables, un chaperon rouge vraiment « hot »… Toute la galerie des charmants personnages de notre enfance, en totale perdition, qui tentent de survivre à Moon Island, où chacun est un loup pour son frère. Elliot, sorte de Candide moderne, est peut-être leur seul espoir. Tout cela dans un souci d’irrévérence et de fantaisie débridée, car il faut toujours rire du grotesque.
 
Comment en êtes-vous venu à travailler avec l’auteur Vincent Daenen et le compositeur Thierry Boulanger ?
J.-L. R. : C’est Michel fau qui m’a présenté Vincent Daenen. J’ai immédiatement aimé son univers foisonnant et son écriture baroque. Quant à Thierry Boulanger, je le connais depuis très longtemps. C’est un grand compositeur, un excellent musicien. Je lui ai commandé une partition complexe, qui sera jouée sur scène par trois musiciens. L’interaction de nos trois univers fonctionne parfaitement.

Entretien réalisé par M. Piolat Soleymat
La Nuit d’Elliot Fall, de Vincent Daenen (d’après une idée originale de Jean-Luc Revol) ; musique de Thierry Boulanger ; mise en scène de Jean-Luc Revol. Création le 3 novembre 2010 au Vingtième Théâtre.


Entretien



IRINA BROOK

HISTOIRE DE PERE

APRES SES DEUX DERNIERS SPECTACLES EN ATTENDANT LE SONGE ET SOMEWHERE... LA MANCHA, IRINA BROOK REVIENT A WILLIAM SHAKESPEARE AVEC TEMPETE ! UNE PIECE SUR DES ADOLESCENTS FRUSTRES QUI VEULENT S’ECHAPPER DE L’EMPRISE PATERNELLE, EN L’OCCURRENCE DE PROSPERO.

« La Tempête est une pièce comique et légère, entre vaudeville
et music-hall. » Irina Brook
 
Comment le spectacle Tempête ! s’est-il imposé à vous ?
Irina Brook : La Tempête est une pièce magique et mythique, burlesque et féerique, romantique et ésotérique. Le projet tourne autour des cinq acteurs avec lesquels je travaille : Hovnatan Avedikian, Renato Giuliani, Scott Koehler, Bartlomiej Soroczynski et Ysmahane Yaqini.
 
L’Italie semble avoir inspiré l’atmosphère scénique…
I. B. : Renato Giuliani est italien, alchimiste et naturopathe versé dans l’ésotérisme, une sorte de mage ou magicien de la vie. Il est drôle et s’adonne à l’art culinaire. Il correspond à l’image d’un chef de cuisine, propriétaire à Naples d’une pizzeria.
 
En quoi la pièce est-elle éloquente pour vous ?
I. B. : Je suis attirée de manière instinctive par les pièces que je choisis, et c’est en faisant que je découvre pourquoi je fais. La tâche est difficile – cinq acteurs pour Tempête ! – mais ce challenge est un plaisir. On a répété l’été dernier, dans une maison en Bourgogne. On travaillait, on faisait des promenades ensemble, l’impossibilité du projet me hantait.
 
Comment avez-vous fait face aux obstacles ?
I. B. : On est passé par toutes sortes de recherches et d’essais. Peu à peu, la masse informe du projet théâtral a pris vie. Miranda a 35 ans et vit depuis 30 ans sur cette île perdue de la Méditerranée, sans avoir jamais vu un homme. Désespérée, elle reste sous l’emprise de son père adoré. La forme du spectacle s’est dessinée avec sa logique interne et une musique fellinienne, évoquant le cinéma italien des années 1950 en noir et blanc.
 
L’île est habitée par une famille à problèmes, une famille « dysfonctionnelle »…
I. B. : L’œuvre se déploie comme une pièce d’émotion familiale intense et profonde, à la façon du film danois Festen. Les thèmes de La Tempête sont la liberté et l’esclavage. Ces êtres vivent ensemble en cercle fermé dans des relations étouffantes. Ce sont des adolescents frustrés qui veulent échapper à l’influence abusive de Prospero, enclin à tout contrôler. Chacun cherche sa propre autonomie. La Tempête est une pièce comique et légère, entre vaudeville et music-hall. Elle est grave par l’intensité des relations et la profondeur des émotions. Il s’agit d’un travail différent d’Une Odyssée, d’En attendant le songe et de Somewhere… la Mancha.

Entretien réalisé par Véronique Hotte
 
Tempête !, d’après le texte de Jean-Claude Carrière adapté de la pièce de William Shakespeare ; mise en scène et adaptation d’Irina Brook. Les 19, 20 et 21 janvier 2010 à Nevers.
 
Maison de la Culture de Nevers et de la Nièvre, boulevard Pierre-de-Coubertin, 58000 Nevers. Renseignements et réservations au 03 86 93 09 09 ou sur www.mcnn.fr
Contacts production/diffusion : Maud Desbordes / 03 86 93 09 15. Benjamin Bedel / 03 86 93 09 14.


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