Crédit : Elisabeth Carecchio
Légende : « Denis Podalydès tente d’explorer, sur scène, le dédoublement du héros de Robert Louis Stevenson. »
Critique /
Le cas Jekyll
Ecrit par Christine Montalbetti à partir du chapitre final de l’œuvre de Robert Louis Stevenson, Le Cas Jekyll revient sur le dédoublement du personnage Jekyll/Hyde. Seul sur scène, Denis Podalydès crée un spectacle ciselé mais sans trouble.
On pourrait se contenter de fermer les yeux en écoutant Denis Podalydès investir, tel un instrumentiste, le texte de Christine Montalbetti. En se laissant séduire par l’habileté et la précision de sa diction. En appréciant toute la palette de couleurs, de nuances, de subtiles sensations que parvient à engendrer sa voix. On le sait, le Sociétaire de la Comédie-Française - grand amoureux de la langue, passionné de littérature - est un virtuose du dire. Il appartient à cette race d’acteurs qui, semblant évoluer au plus intime des textes, parviennent à impulser rythme et musicalité aux mots sans jamais donner l’impression de s’attacher à cela. Cette capacité à ciseler les phrases est le principal attrait du Cas Jekyll, monologue théâtral que Denis Podalydès a commandé à sa complice Christine Montalbetti et qu’il a lui-même mis en scène avec l’aide d’autres fidèles compagnons : Eric Ruf et Emmanuel Bourdieu. Un spectacle entre amis, un spectacle sur mesure qui serait sans conteste une réussite si le comédien parvenait - ne fût-ce que par moments - à échapper à une forme d’académisme, de trop prégnante préciosité, à faire surgir le trouble et l’imprévu qui font défaut à sa proposition.
 
Mélopée narrative
 
Servant l’art du dire jusqu’à en oublier de se laisser traverser et transporter par le théâtre, l’interprète du Cas Jekyll donne en effet le sentiment de rester à la lisière et comme en surplomb de la représentation. Enfermé dans une projection purement littéraire de l’univers de Robert Louis Stevenson - projection par instants quasi professorale - Denis Podalydès passe à côté de l’objectif qu’il s’est lui-même fixé : témoigner de ces réalités mystérieuses que sont la pulsion et le désir de dédoublement, incarner Jekyll en faisant apparaître Hyde, œuvrer pour que cette figure inquiétante règne, au final, « jusque dans le cœur du spectateur ». On est loin de cela. Tel le roulis paisible d’une mer n’ayant jamais connu de tempête, la performance du Comédien-Français berce les oreilles du spectateur d’une musique savante et délicate. Sans aspérité, sans heurt ou dissonance, cette mélopée narrative donne naissance à un moment de théâtre dont la saveur immédiate ne laisse présager que de minces perspectives de persistance.
 
Manuel Piolat Soleymat
La Cas Jekyll, de Christine Montalbetti, d’après le roman de Robert Louis Stevenson ; mise en scène de Denis Podalydès, Emmanuel Bourdieu et Eric Ruf. Les 10, 11 et 12 février 2010 à 21h, le 13 février à 18h30 et le 14 février à 15h. Théâtre de Suresnes Jean-Vilar, 16, place Stalingrad, 92150 Suresnes. Réservations et renseignements au 01 46 97 98 10. Spectacle vu en janvier 2010 au Théâtre national de Chaillot. Egalement, du 3 au 6 février 2010 à La Comédie de Reims, du 17 au 20 février au Théâtre National Populaire de Villeurbanne, du 24 au 27 février au Théâtre du Jeu de Paume à Aix-en-Provence, les 16 et 17 mars à la Scène nationale de Chalon-sur-Saône, les 26 et 27 mars au Théâtre Simone-Signoret à Conflans-Sainte-Honorine, les 9 et 10 avril au Théâtre Montansier de Versailles, du 28 avril au 6 mai au Théâtre National de Bretagne, le 18 mai à L’Hippodrome - Scène nationale de Douai.


Vos Ractions (Il y a 1 réaction sur cet article)
Spectatif Unique !
Cet homme est fou, l'affaire est faite ! Cela fait plusieurs que je le remarque, au théâtre comme au cinéma, mon avis est définitif : Denis Podalydes (est-il encore trop jeune pour l'appeler monsieur ?) est fou de génie théâtral, fou des textes, des compositions, des multiples facettes de jeu du comédien et de la mise en scène. Dans "le cas Jekyl", il est magique de puissance et d'envoutement, il ne joue pas Jekyl, il est Jekyl (et son double Hyde). Innoubliable et unique temps de théâtre !
dimanche 14 février - 10:56

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